La Plage

Brainless Jester, Songes, Rêves, Fantômes Nébuleux, 28 novembre 2010

La scène commence en noir et blanc. Une image fantomatique d'une plage de sable fin, au premier plan, avec sur la gauche l'eau, s'écrasant par vaguelettes régulières et charriant quelques branches mortes et autres algues. Au fond, une forêt indistincte, sombre mais floue, de laquelle s'écoule lentement un peu de brume. Les personnages n'ont pas de visage, pas de signes distinctifs. Archétypes de la mode des années cinquante, une blonde platine en maillot rayé et un grand brun musclé se tiennent au centre de ce champ de vision. Elle se penche sur un enfant, apparemment endormi. Lui caressant la joue d'une main, elle lui glisse le bras sous la nuque, lui redressant la tête. L'enfant, inerte, pend mollement, tel un cadavre. L'homme, à son tour, se penche, cependant que la femme recule lentement. Il saisit le bras de l'enfant et le ramène contre son torse. A nouveau, la femme lui caresse la joue. Soudain, elle se met à courir, face au spectateur. Un cri silencieux se forme sur ses lèvres, elle semble fuir quelque chose, mais quoi ? L'homme redresse la tête, lentement, comme effrayé à l'idée même de regarder derrière lui, vers cette forêt aux accents de néant. Mais il se retourne, balbutie quelques chose, recule, hésitant, trébuche légèrement, et lâche l'enfant, pour s'enfuir à son tour. Au premier plan, juste devant la caméra, des bambins fuient à leur tour, quasi invisibles jusqu'alors, mais que la peur et le mouvement rendent présents. L'enfant, toujours au même endroit, cadavérique, s'affale à même le sol, alors que l'homme prend ses jambes à son cou.

Le bruit des vagues se fait entendre peu à peu. Le jeune garçon ne bouge pas, semblant fixer éternellement quelque chose, derrière nous. Sa position, tordue, bizarre, évoque plus une poupée de tissus qu'un humain. Il reste là, immobile, tandis que les vaguelettes viennent lécher ses pieds. L'écume et l'eau salée le bordent, comme si la mer, elle, l'aimait, comme un froid soir d'hiver, bordé par un drap de plume. La forêt, au loin, s'estompe, puis disparaît. Ne restent que le garçon, la plage, la mer, et ce bruissement que produit la houle qui, de son va et vient, caresse l'enfant.